Ce qui rend Lana Del Rey singulière parmi les artistes pop, c'est le peu que son monde visuel change d'un disque à l'autre — et avec quelle intention. La couleur de photogramme fané, la typographie vintage, la mélancolie californienne : c'est une esthétique continue, si bien que ses pochettes se comportent moins comme des albums distincts que comme les panneaux d'un même moodboard. C'est un cadeau pour qui décore un mur, car les affiches se regroupent sans effort. Quatre pochettes dans des cadres assortis ne jurent pas comme le feraient quatre artistes différents ; elles se lisent comme un ensemble, une palette, une pièce. La couleur sourde et délavée de soleil convient aussi parfaitement au mat — le brillant lutterait contre la douceur recherchée, là où le mat garde le voile intact sous une lampe. Que l'on veuille une seule grande pochette-affirmation ou une grille qui transforme un mur en cette Americana fanée bien à elle, la discographie était quasiment faite pour être accrochée. Et comme chaque pochette ressemble déjà à un cadre — un photogramme tiré d'un film à demi oublié — les visuels ont besoin de très peu pour sembler finis au mur, qu'on choisisse un seul disque ou qu'on déploie tout le moodboard dans une pièce.